Prendre soin de son enfant intérieur en lui offrant une peluche…
J’étais une grande amoureuse des animaux en peluche quand j’étais petite. J’aimais leur présence rassurante, leur douceur, la façon dont ils pouvaient tout entendre sans jamais juger. Avec le recul, je crois que ce n’est pas un hasard si, des années plus tard, je me suis mise à en fabriquer de mes mains. Chaque petit animal de feutrine que je crée vient, d’une certaine manière, réconforter la petite fille que j’ai été. C’est comme si, à travers eux, je prenais soin de mon enfant intérieur.
Aujourd’hui, je me rends compte que je ne suis pas la seule. Une partie de ma clientèle s’offre mes animaux en feutrine non pas pour leur enfant, mais pour elle-même. Des adultes, souvent très “sérieux”, qui se laissent attirer par un animal en feutrine… un cheval, un ours… et qui finissent par m’avouer: “En fait, c’est pour moi.” Et à chaque fois, j’ai le sentiment d’assister à quelque chose de précieux: une permission. La permission de se faire du bien sans raison, sans obligation, juste parce que c’est doux.

On croit qu’un jouet, une peluche, c’est “pour les enfants”. Pourtant, ce geste d’acheter une peluche pour soi, en tant qu’adulte, raconte tout autre chose. Il parle de la part de nous qui a besoin d’être rassurée, consolée, prise dans les bras. Cette part n’a pas disparu avec notre enfance: elle s’est simplement cachée sous les responsabilités, les obligations, le travail, les to-do lists. Quand un adulte choisit une peluche, il tend la main vers cette part-là, souvent oubliée. Prendre soin de son enfant intérieur, ce n’est pas un concept abstrait réservé aux livres de développement personnel ou de psychologie. C’est très concret. C’est dire à cette part de nous: “Je te vois, je t’entends, ce que tu ressens compte.” Une peluche peut devenir un support pour ça. Elle donne une forme tangible à nos ressentis de très intimes. On peut la poser sur son bureau, l’emporter partout, la garder sur sa table de nuit, la serrer contre soi les soirs un peu trop longs. Ce n’est plus seulement un objet, ça devient un point d’ancrage.
Il y a aussi quelque chose de profondément apaisant dans le contact même avec la matière. Le geste de prendre un animal en feutrine dans ses mains, de sentir la chaleur de la laine, son poids léger c’est réconfortant: notre respiration se calme, les épaules se relâchent, le rythme intérieur ralentit. Le système nerveux lit ces signaux comme autant d’indices que “tout va bien, tu es en sécurité”. C’est la même logique que lorsqu’on se blottit sous une couverture lourde ou qu’on caresse un animal. Le toucher ouvre un chemin vers l’apaisement.
Dans notre quotidien d’adulte, une peluche peut agir comme un petit îlot de sécurité. Pour certaines personnes, elle aide à s’endormir, surtout quand l’anxiété ou les pensées tournent en boucle le soir. Pour d’autres, elle devient le compagnon silencieux des périodes de transition: un déménagement, une rupture, un deuil, un changement de travail. Elle ne “règle” pas tout, bien sûr, mais elle offre quelque chose de familier auquel se raccrocher.
Ce qui me touche beaucoup, c’est d’observer à quel point ces objets résonnent avec des histoires de vie. À chaque fois, ce n’est pas “juste” un achat, c’est un geste symbolique très fort.
Le fait que mes petites peluches en feutrine soient faites main ajoute une dimension supplémentaire. Dans chaque point de couture, il y a du temps, de l’attention, de l’amour. Beaucoup de personnes me disent qu’elles sentent cette intention-là, qu’elles n’auraient pas le même rapport avec un objet fabriqué à la chaîne. Offrir à son enfant intérieur un objet unique, c’est aussi lui dire: “Tu mérites quelque chose de précieux, quelque chose de singulier.”
J’aime imaginer que, lorsque une personne adopte un de mes petits animaux pour elle-même, une sorte de dialogue silencieux commence. L’adulte continue sa vie, avec tout ce qu’elle comporte d’exigences et de complexités. Mais quelque part, sur une étagère ou dans un lit, un petit être de feutrine lui rappelle chaque jour: “Tu as aussi le droit d’être vulnérable, fatigué•e, tendre, joueur•se.” Et peut-être qu’à force de voir ce rappel, l’adulte commence à se traiter un peu plus doucement. S’offrir une peluche à l’âge adulte, ce n’est pas refuser de grandir. C’est au contraire une façon très mature de reconnaître qu’en soi coexistent plusieurs âges, avec des besoins différents. On peut payer ses impôts et s’émerveiller sur un petit objet mignon. On peut gérer une entreprise, des enfants, des projets, et avoir besoin de quelque chose de doux à serrer contre son cœur. On peut être solide et chercher du réconfort.
Quand je repense à la petite fille que j’étais, entourée d’animaux en peluche, je me dis qu’elle serait très émue de voir ce que je fais aujourd’hui. Elle se sentirait moins seule, moins “bizarre” d’aimer autant ces compagnons silencieux. Et quelque part, chaque fois qu’un adulte s’offre un de mes animaux, j’ai l’impression que nos enfants intérieurs se font un clin d’œil à distance. Comme pour se dire : “On est toujours là. Et cette fois, on va prendre soin de nous.”








